Lexique de l’imaginaire
Des Ainur de Tolkien au Jianghu du wuxia, de l’Azathoth de Lovecraft à l’acier valyrien de Martin — plus de 80 définitions pour naviguer dans les genres, les univers et les concepts fondateurs de la fantasy mondiale.
84 entrées · Tolkien · Lovecraft · Howard · Martin · Vance · Sanderson · Wuxia · Xianxia · Sous-genres · Concepts
A
Cadre fictif imaginé par Howard pour ses récits de Conan le Barbare, situé dans un passé préhistorique fantaisiste de la Terre. L’Âge hyborien est peuplé de royaumes inspirés de civilisations réelles — Aquilonia (Rome), Stygie (Égypte), Cimmérie (Celtes) — et d’une magie sombre toujours présente mais repoussée par la volonté des guerriers. Fondateur du genre Sword & Sorcery.
Esprits immortels créés par Ilúvatar au début des temps dans le Silmarillion. Ils se divisent en Valar (les plus puissants, qui façonnent le monde) et en Maiar (esprits secondaires). Gandalf, Sauron et les Balrogs sont tous des Maiar corrompus ou non.
Art occulte visant à transformer la matière brute en substances purifiées — au premier rang, la Pierre philosophale censée transmuter les métaux vils en or et conférer l’immortalité. En fantasy, l’alchimie sert souvent de magic system à part entière (Fils des Brumes de Sanderson, Fullmetal Alchemist). Précurseur historique de la chimie moderne.
Système de magie du Cosmère où certains individus ingèrent des métaux et les « brûlent » pour obtenir des pouvoirs spécifiques : acier pour repousser les métaux, fer pour les attirer, étain pour amplifier les sens. Cas d’école de magie dure : les règles sont exhaustives, logiques et exploitées narrativement jusqu’à leurs conséquences les plus lointaines.
Artefact central du Seigneur des Anneaux, forgé par Sauron dans les feux du Mont Destin pour contrôler les autres Anneaux de Pouvoir. Sa malédiction est la corruption progressive de son porteur par la tentation du pouvoir absolu. Tolkien en fait une méditation sur la domination versus la liberté, et la corruption même des meilleures intentions.
Protagoniste dépourvu des qualités morales traditionnelles du héros : courage désintéressé, honneur, altruisme. L’antihéros agit par intérêt personnel, vengeance ou contrainte. Emblématique du grimdark (Logen Neuf-Doigts chez Abercrombie, Jorg Ancrath chez Lawrence), mais présent bien avant — Conan lui-même est un ancêtre du type.
Objet imbibé de puissance surnaturelle, souvent au cœur d’une quête ou d’un conflit. Peut être bénéfique (Mithril, Excalibur), corrupteur (l’Anneau Unique), ou à double tranchant. À distinguer du MacGuffin : un artefact magique a des propriétés narrativement actives et structurantes.
« Démon aveugle et idiot qui somnole au centre ultime du chaos » — entité suprême du Mythe de Cthulhu, dont le réveil signifierait l’annihilation de toute existence. Représentation du cosmos comme chaos sans conscience ni sens. Azathoth est le « dieu » le plus haut du panthéon lovecraftien, ce qui n’a aucun sens rassurant.
B
Maiar corrompus par Morgoth, premiers serviteurs de l’ombre, qui apparaissent sous forme de démons de feu et de ténèbres brandissant épées et fouets de flamme. Durin’s Bane, dans les mines de la Moria, est le plus célèbre. Le nom vient du quenya Valarauko, « démon de puissance ».
Dans la tradition médiévale, recueil décrivant animaux réels et imaginaires avec leurs symboles moraux. En fantasy moderne, catalogue des créatures d’un univers fictif. Tolkien a révolutionné le bestiaire en dotant chaque race (Ents, Aigles, Wargs) d’une mythologie propre plutôt que d’un simple rôle fonctionnel.
Contraction de Blood is the New Black. Sous-genre de la fantasy urbaine apparu dans les années 2000, mêlant vampires, loups-garous et créatures surnaturelles à une héroïne contemporaine forte, avec une forte composante romantique. Popularisé par Charlaine Harris (True Blood) et Laurell K. Hamilton (Anita Blake).
C
Ensemble des œuvres et événements officiellement reconnus comme faisant partie d’un univers fictif. S’oppose au fanon (ce que les fans considèrent comme vrai) et au headcanon (interprétation personnelle). Dans des univers complexes comme le Cosmère ou le Silmarillion, la question du canon est l’objet de débats constants.
Trope narratif où un personnage est destiné par la prophétie ou la naissance à accomplir un acte décisif. Omniprésent en high fantasy classique (Frodo, Harry Potter, Luke Skywalker), il est aujourd’hui souvent retourné ou déconstruit — notamment dans le grimdark, dont Joe Abercrombie en fait une cible explicite dans Le Premier Loi.
Méta-univers fictif réunissant la majorité des romans de Brandon Sanderson : Fils des Brumes, Les Archives de Roshar, Elantris, Warbreaker… Chaque série se déroule sur une planète distincte reliée par une cosmologie commune autour des Éclats de l’Adonalsium et de personnages récurrents dont le mystérieux Hoid. Un des exemples les plus ambitieux de worldbuilding interconnecté.
Genre où la terreur naît non d’un monstre vainquable mais de la réalisation que l’humanité est insignifiante dans un univers indifférent et incompréhensible. Lovecraft en est le père fondateur. L’horreur cosmique refuse la victoire définitive : les protagonistes peuvent survivre, rarement triompher. La connaissance elle-même est dangereuse.
Fantasy valorisant l’atmosphère chaleureuse, la communauté et la résolution de conflits sans violence excessive. À l’opposé du grimdark, le cozy fantasy met l’accent sur l’amitié, la nourriture, la maison et les petits bonheurs. Popularisé par The House in the Cerulean Sea (T.J. Klune) et Legends & Lattes (Travis Baldree).
Entité cosmique endormie dans la cité engloutie de R’lyeh au fond du Pacifique, décrite dans L’Appel de Cthulhu (1928). Octopode géant mi-dragon, mi-humanoïde, Cthulhu envoie des rêves perturbateurs aux esprits sensibles à travers le monde. Icône absolue de l’horreur cosmique et symbole de la culture geek mondiale.
Pratique spirituelle et physique centrale de la fantasy chinoise par laquelle un pratiquant affine son qi, repousse ses limites mortelles et progresse vers l’immortalité ou la divinité. Les étapes (Condensation du Qi, Fondation, Formation du Noyau d’Or, Âme Naissante…) structurent le power system de la quasi-totalité des web novels chinois.
D
Terme issu de la médecine traditionnelle chinoise désignant le « champ de cinabre » (丹田), zone du bas-ventre où se concentre le qi vital. En xianxia et wuxia, le Dantian est le siège de la cultivation : l’endroit où le pratiquant forge son Noyau d’Or puis son Âme Naissante. L’endommager représente la pire mutilation pour un cultivateur.
Fantasy intégrant des éléments d’horreur, d’atmosphère gothique ou de terreur psychologique. La frontière avec le grimdark est floue : The Witcher de Sapkowski, American Gods de Gaiman ou Gardens of the Moon d’Erikson sont souvent cités. La dark fantasy conserve une dimension héroïque là où le grimdark la nie.
Antagoniste archétypal de la high fantasy, incarnation du Mal absolu cherchant à dominer ou détruire le monde. Sauron chez Tolkien est le modèle fondateur. Le trope a été massivement déconstruit depuis : dans le grimdark, les antagonistes ont des motivations complexes et les « héros » ne valent parfois pas mieux qu’eux.
Peuple de cavaliers nomades de l’est d’Essos dans ASOIAF, inspiré des steppes eurasiatiques (Huns, Mongols, Comanche). Leur langue, développée pour la série HBO par le linguiste David J. Peterson, est l’une des langues construites les plus élaborées de la fiction. Daenerys Targaryen, en épousant le khal Drogo, devient Khaleesi.
Créature reptilienne ailée soufflant du feu, présente dans presque toutes les mythologies mondiales. En fantasy occidentale, les dragons oscillent entre pure menace (Smaug chez Tolkien) et intelligence alliée (Pern de McCaffrey, Temeraire de Novik). Dans la fantasy chinoise, le dragon (lóng, 龙) est bénéfique, symbole de puissance impériale, sans ailes, associé à l’eau et au ciel.
Cycle de nouvelles de Jack Vance (1950–1984) se déroulant dans un futur lointain où le Soleil est mourant et la magie a remplacé la science. Atmosphère décadente, ironie mordante, magie mémorisée en sorts limités — ces éléments ont directement inspiré le système de sorts préparés de Donjons & Dragons. Un texte fondateur souvent méconnu du grand public.
E
Adjectif issu du vieil anglais eldrīċe (« étranger, surnaturel »), aujourd’hui associé essentiellement à Lovecraft. Désigne ce qui est étrange, sinistre et radicalement étranger à la compréhension humaine. Écrire eldritch horror, eldritch abomination invoque immanquablement l’esthétique cosmique lovecraftienne — et son vertige d’incompréhension fondamentale.
Race issue de la mythologie nordique (álfar), redéfinie par Tolkien en peuple ancien, immortel, raffiné et mélancolique — les Eldar du Silmarillion. Depuis, l’elfe tolkienesque (svelte, archer, éternel) est la norme de la fantasy, déclinée en version sombre (Drow de D&D), comique ou sauvage (The Witcher). L’elfe synthétise le paradoxe de la fantasy : la nostalgie d’une perfection perdue.
« Bergers des arbres » de la Terre du Milieu, entités quasi-divines à l’apparence arborescente dont la vie s’écoule à un rythme infiniment plus lent que celui des mortels. Ils jouent un rôle pivot dans la destruction d’Isengard dans Les Deux Tours. Tolkien a voulu corriger ce qu’il jugeait être une lacune des mythologies européennes : des arbres dotés d’une vraie personnalité et d’une agentivité propre.
Sous-genre caractérisé par un enjeu mondial ou civilisationnel, une durée narrative longue, des cartes extensives et de nombreux personnages aux arcs entrelacés. La trilogie du Seigneur des Anneaux en est le paradigme. La Roue du Temps (Jordan, 14 tomes), Malazan (Erikson, 10 tomes) et Les Archives de Roshar (Sanderson) représentent son expression contemporaine.
Terme forgé par Tolkien dans On Fairy-Stories (1947) : « tournant soudain vers la joie » résolvant une situation en apparence désespérée. Il la distingue du deus ex machina par son ancrage thématique — elle est préparée narrativement. L’arrivée des Aigles à la Porte Noire, l’acte de Sam portant Frodo : des eucatastrophes. Pour Tolkien, c’est la marque de la véritable fairy-story.
F
Textes écrits par des fans utilisant les personnages et univers d’œuvres existantes. Phénomène ancien (les pastiches holmésiens du XIXe siècle en sont des précurseurs) mais explosé avec Internet. Certains auteurs professionnels ont débuté par la fanfiction — Cassandra Clare (The Mortal Instruments). La fanfiction interroge les notions d’auteur, de canon et de propriété intellectuelle.
Sous-genre situant des éléments fantastiques (magie, créatures surnaturelles) dans un cadre contemporain urbain réaliste. À distinguer de la fantasy médiévale classique : le personnage évolue dans un New York ou un Paris où vampires et sorciers coexistent discrètement avec les humains. Exemples : American Gods (Gaiman), Rivers of London (Aaronovitch).
Sous-genre situant la fantasy à une période de transition correspondant approximativement aux XVIIe–XVIIIe siècles (poudre noire, pistolets à silex, révolutions industrielles embryonnaires). La magie coexiste avec les premières armes à feu, créant des tensions technologiques et politiques propres au genre. Exemples : trilogie The Powder Mage (Brian McClellan).
Trope central de la fantasy contemporaine : le groupe de personnages forge des liens aussi forts que des liens familiaux à travers l’adversité partagée, hors de tout lien de sang. Présent depuis la Fellowship de Tolkien, aujourd’hui omniprésent dans le YA et la romantasy. Répond à un besoin narratif universel de communauté choisie.
G
Fantasy se déroulant dans un cadre victorien ou édouardien (XIXe siècle, lampes à gaz, capes et hauts-de-forme) incorporant des éléments magiques ou surnaturels. Proche du steampunk mais centré sur le surnaturel plutôt que sur la technologie vapeur. Exemples : Jonathan Strange & Mr Norrell (Susanna Clarke), A Discovery of Witches (Deborah Harkness).
Créature artificielle animée par une force magique, issue de la tradition juive ashkénaze. Dans le folklore, le Golem de Prague est créé par le Maharal pour protéger sa communauté, animé par l’inscription du mot emet (vérité) sur son front. En fantasy moderne, le golem est l’archétype du serviteur artificiel — précurseur conceptuel du robot, du zombie et du monstre de Frankenstein.
Catégorie d’entités cosmiques du Mythe de Cthulhu : êtres d’une puissance et d’une antiquité dépassant toute échelle humaine, endormis ou exilés depuis des éons. Cthulhu, Hastur, Nyarlathotep, Shub-Niggurath en font partie. À distinguer des Dieux Extérieurs (Outer Gods), encore plus puissants, dont Azathoth est la tête aveugle.
Sous-genre caractérisé par une vision dystopique, cynique et violente de l’héroïsme. Terme tiré du jeu Warhammer 40,000 (« In the grim darkness of the far future, there is only war »). Marqueurs : absence de héros moralement purs, violence graphique, politiques corrompues, fins ambiguës ou tragiques. Auteurs emblématiques : Joe Abercrombie, Mark Lawrence, Steven Erikson, Richard Morgan. S’oppose au noblebright et a engendré en réaction le hopepunk.
Livre de magie contenant formules, sortilèges, rituels et instructions occultes. En fantasy, le grimoire est souvent un MacGuffin ou un artefact dangereux. Le terme vient du français « grammaire » — un manuel d’apprentissage de ce qui est inintelligible au commun. Le Necronomicon (Lovecraft) est le grimoire fictif le plus célèbre de la littérature mondiale.
H
Race de petite stature (1,20 m environ), pieds poilus, tempérament paisible et gourmand, vivant dans des trous confortables du Comté. Tolkien a inventé le mot hobbit pour The Hobbit (1937) avant de lui donner le nom « halfelin » dans LOTR. Frodo Sacquet et Bilbon sont les représentants les plus célèbres. Le halfelin est depuis une race standard de tout jeu de rôle.
Terme français équivalent à la Sword & Sorcery anglosaxonne, popularisé en France à partir des années 1970. Récits centrés sur un héros individuel (souvent guerrier ou aventurier), des combats, une magie noire dangereuse et des trésors. Conan, Elric de Melniboné (Moorcock) et Fafhrd/le Souricier Gris (Leiber) sont les archétypes. Plus intimiste que la high fantasy.
Sous-genre défini par la présence d’un monde secondaire entièrement fictif et d’un enjeu civilisationnel ou cosmique. Popularisé par Lloyd Alexander (1971). LOTR est le paradigme ultime. La carte du monde, les langues construites et les mythologies internes sont des marqueurs caractéristiques. S’oppose à la fantasy urbaine (monde réel) et à la low fantasy (magie discrète).
Mouvement narratif forgé par l’écrivaine Alexandra Rowland en 2017, en réaction directe au grimdark. Le hopepunk affirme que l’acte de résister et d’espérer est courageux, non naïf. Les personnages choisissent activement la bonté et la solidarité même dans un monde difficile. The House in the Cerulean Sea, Becky Chambers, Arkady Martine en sont des illustrations.
I
Dans les nouvelles de Dying Earth, Vance décrit des gemmes flottant autour de la tête de leur propriétaire et conférant des pouvoirs variés. Gary Gygax les a intégrées telles quelles à la première édition de Donjons & Dragons (1977). Exemple emblématique de la façon dont la fantasy moderne s’est construite par emprunt direct et sédimentation entre œuvres.
Terme japonais (異世界, « autre monde ») désignant le sous-genre où un personnage est transporté dans un monde fantastique, souvent après sa mort ou via un portail. Variante japonaise de la portal fantasy occidentale, avec une convention spécifique : le protagoniste conserve ses souvenirs et parfois des compétences modernes. Massivement dominant dans le manga et le light novel (Sword Art Online, Re:Zero, Overlord).
J
江湖, « rivières et lacs ». Dans la culture et la fiction chinoises, le « monde des arts martiaux » : société parallèle d’aventuriers, bandits, marchands itinérants et pratiquants fonctionnant en dehors des structures officielles de l’empire. Le jianghu obéit à ses propres codes d’honneur, ses factions rivales, ses vendettas. Concept central du wuxia, distant du Wulin (communauté plus formalisée).
L
Sous-genre où le protagoniste est plongé dans un univers suivant les mécaniques d’un jeu de rôle numérique : niveaux d’expérience, statistiques, interfaces « système », quêtes. Né en Russie et au Japon (Log Horizon, Sword Art Online), le genre a explosé en Occident via les web novels (Dungeon Crawler Carl, Cradle). Proche de la progression fantasy, mais avec une interface de jeu explicite.
Trois règles formalisées par Sanderson pour construire un magic system convaincant. 1re loi : la capacité du héros à résoudre un problème via sa magie est proportionnelle à la compréhension qu’en a le lecteur. 2e loi : les limites et les coûts sont plus intéressants que les pouvoirs eux-mêmes. 3e loi : avant d’ajouter un nouveau pouvoir, exploite ceux que tu as déjà.
Ensemble des connaissances, histoires, mythes et règles internes d’un univers fictif, souvent transmises par des appendices, des wikis ou des œuvres secondaires. Tolkien a élevé le lore au rang d’art : ses appendices du LOTR et le Silmarillion constituent plusieurs milliers de pages de lore pur. Le lore invisible — la partie immergée de l’iceberg — confère sa profondeur à un univers.
Fantasy caractérisée par un niveau de magie faible, discret ou rare, souvent dans un cadre semi-réaliste. Les enjeux sont personnels plutôt que cosmiques. The Witcher de Sapkowski en est un exemple contemporain ; Conan (Howard) est souvent cité malgré ses éléments magiques. S’oppose à la high fantasy par l’échelle des enjeux et la visibilité du surnaturel.
M
Terme popularisé par Hitchcock désignant un objet ou objectif qui motive les personnages sans avoir de valeur narrative intrinsèque. En fantasy, l’Anneau Unique commence comme un MacGuffin (Bilbon le trouve par hasard) avant de devenir un artefact narrativement actif. La pierre dans Le Nom du Vent de Rothfuss est un MacGuffin pur. La différence avec l’artefact magique : le MacGuffin n’agit pas, il est cherché.
Distinction proposée par Sanderson. La magie dure a des règles explicites, des coûts et des limites connus du lecteur — elle peut résoudre des problèmes narratifs (allomancie, Surgebinding). La magie douce reste mystérieuse et impressionniste — elle génère de l’émerveillement mais ne peut pas résoudre des crises sans paraître deus ex machina. Tolkien pratiquait délibérément la magie douce avec Gandalf et Tom Bombadil.
Esprits Ainur de second rang qui descendent dans Arda pour servir les Valar. Moins puissants que ces derniers, ils peuvent revêtir des formes corporelles et intervenir dans le monde. Parmi eux : Gandalf, Sauron, Radagast, les cinq Istari (mages), et les Balrogs. La corruptibilité des Maiar — Sauron était initialement au service d’Aulë — est un thème central du Silmarillion.
Métal fictif de la Terre du Milieu, aussi léger que l’écume mais plus résistant que l’acier, ne ternissant jamais. Extrait uniquement à Khazad-dûm/Moria, il est d’une rareté absolue. Bilbon reçoit un haubert de mithril de Thorin ; Frodo l’hérite et lui doit la vie à Moria. Le mithril a profondément influencé la représentation du métal magique en fantasy et en JDR (adamantium, orichalque).
Concept théorisé par Tolkien dans On Fairy-Stories (1947) : un monde fictif cohérent que l’auteur construit avec suffisamment de logique interne pour que le lecteur y « croie » le temps de sa lecture (sub-creation). La Terre du Milieu en est le modèle ultime. Ce concept distingue la high fantasy (monde secondaire complet) de la fantasy urbaine (monde primaire + intrusions) et de la portal fantasy.
Terme forgé par Tolkien (titre d’un poème adressé à C.S. Lewis, 1931) désignant le processus de création mythologique : construire un système cohérent de mythes, d’histoires primordiales et de cosmologies fictives. Tolkien considérait la mythopoeia comme une activité « sous-créatrice » profondément humaine. Le Silmarillion en est l’aboutissement : une Genèse et une Iliade pour un monde qui n’existe pas.
Ensemble de créatures, de lieux et d’entités cosmiques créé par Lovecraft et étendu par ses contemporains (Clark Ashton Smith, Robert E. Howard, August Derleth). Contrairement à la mythologie classique, le Mythe de Cthulhu est ouvert et collaboratif dès l’origine : Lovecraft encourageait ses correspondants à y contribuer, créant de facto le premier univers fictif partagé de la fantasy moderne.
N
Race de petite stature mais robuste, issue de la mythologie nordique (dvergr). Tolkien a redéfini l’image du nain en fantasy moderne : forgeron inégalé, amour de l’or et des mines, fierté légendaire, longue mémoire des offenses et langue propre (Khuzdul). Gimli, Thorin Écu-de-Chêne et Balin sont les archétypes. Le nain est depuis une race universelle du JDR et de la fantasy.
Magie impliquant le contrôle des morts : invocation d’esprits, animation de cadavres, manipulation de l’énergie vitale. Souvent perçue comme intrinsèquement maléfique en fantasy occidentale — mais déconstruite dans des œuvres récentes : Gideon the Ninth (Tamsyn Muir) en fait une science complexe et un pilier de civilisation. La nécromantie interroge les frontières entre vie, mort et identité.
Grimoire fictif inventé par Lovecraft, supposément écrit au VIIIe siècle par le « poète fou » Abdul Alhazred. Son titre latin (Al Azif en arabe) est censé rendre fou celui qui le prononce. Jamais réel, le Necronomicon a néanmoins donné lieu à de vraies publications frauduleuses depuis les années 1970. Objet méta-fictionnel le plus célèbre de la fantasy — le livre qui n’existe pas mais que tout le monde connaît.
Mouvement narratif en réaction au grimdark, promouvant des récits où les héros sont moralement admirables, les batailles valent la peine d’être menées et les fins peuvent être positives sans être naïves. La fantasy classique tolkienesque est rétrospectivement qualifiée de noblebright. Terme moins répandu que hopepunk mais couvrant une réalité similaire avec une emphase sur la bravoure plutôt que sur l’espoir collectif.
O
Peuple guerrier et sombre de la Terre du Milieu, créé par Tolkien à partir du vieux mot anglais orc (monstre, démon). Selon le Silmarillion, les Orques seraient des Elfes corrompus par Morgoth dans les âges primordiaux. Depuis, « orc » est devenu générique en fantasy et JDR avec des représentations très variées — de la pure menace à la culture complexe (Warcraft, Warhammer). Le débat sur leur nature « intrinsèquement mauvaise » reste vif en fantasy studies.
P
Sous-genre où un personnage du monde réel est transporté dans un monde fantastique via un portail (armoire, tableau, miroir, trou de lapin). Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique (Lewis), Alice au Pays des Merveilles (Carroll), Le Magicien d’Oz (Baum) sont les exemples fondateurs. L’isekai japonais est la variante contemporaine dominante.
Sous-genre centré sur la montée en puissance systématique du protagoniste via un magic system à niveaux, sans interface de jeu explicite (contrairement au LitRPG). Cradle (Will Wight), Mother of Learning en sont des exemples. La xianxia chinoise est la source principale de cette convention — le genre a explosé en Occident via les plateformes de web novels.
Mécanisme narratif annonçant un événement futur, souvent le destin du protagoniste. Son intérêt narratif réside autant dans son accomplissement que dans sa réinterprétation. Tolkien l’utilise avec parcimonie ; Martin la déconstruit activement dans ASOIAF (le Prince qui fut promis) ; Sanderson en joue comme d’un puzzle logique. La prophétie crée une tension fondamentale entre destin et libre arbitre.
Q
氣 — énergie vitale fondamentale présente dans tous les êtres vivants selon la pensée chinoise traditionnelle. Principe central de la médecine traditionnelle (acupuncture, qi gong), le qi est en fantasy chinoise le carburant de toute cultivation et de tout pouvoir martial. Équivalent approximatif du mana occidental ou du ki japonais, mais avec une philosophie cosmo-médicale plus élaborée.
Langue elfique « haute » de la Terre du Milieu, langue des Noldor exilés, créée par Tolkien à partir de racines finnoises. Tolkien, professeur de philologie à Oxford, a conçu plusieurs langues complètes (Quenya, Sindarin, Khuzdul). Sa rigueur linguistique a inspiré tous les créateurs de langues construites postérieurs — David J. Peterson, qui a développé le Dothraki et le Valyrien pour HBO, cite Tolkien comme référence absolue.
Structure narrative fondamentale de la fantasy : un ou plusieurs personnages entreprennent un voyage vers un objectif précis (détruire un artefact, délivrer un prisonnier, retrouver un héritage). Remonte à Gilgamesh, aux Argonautes et au Graal. Joseph Campbell l’a théorisée sous le nom de monomythe (voyage du héros). La quête tolkienienne est l’archétype de la fantasy moderne — et son enjeu de destruction (plutôt que de conquête) en fait une inversion subversive.
R
Terme-valise combinant « romance » et « fantasy », désignant un sous-genre à la croisée des deux, avec une relation amoureuse au cœur de l’intrigue — souvent un couple humain/créature surnaturelle ou un duo aux pouvoirs opposés. Sarah J. Maas (ACOTAR, Crescent City) et Rebecca Yarros (Fourth Wing) en sont les représentantes majeures des années 2020. Phénomène BookTok dominant, souvent sous-estimé littérairement.
Caractère de l’alphabet germanique ancien (futhark), utilisé historiquement en divination et en magie. En fantasy, les runes sont omniprésentes comme système d’inscription magique : les alphabets cirth de Tolkien (inspirés des runes germaniques), le système runique du Nom du Vent (Rothfuss), les runes de D&D. Graver une rune sur un objet lui confère des propriétés — concept fondateur de la magie liée à l’écriture.
S
Masse informe de protoplasme iridescent créée par les Anciens (Elder Things) comme outil et esclave, décrite dans Les Montagnes de la Folie (1936). Les Shoggoths se révoltèrent contre leurs créateurs. Leur description — « Tekeli-li ! » — est l’une des scènes les plus terrifiantes de Lovecraft. Archétype de la créature sans forme et sans pensée, le shoggoth est devenu un monstre emblématique du jeu de rôle.
Sous-genre fondé par Robert E. Howard avec ses récits de Conan (1932–1936) et théorisé par Fritz Leiber en 1961. Caractéristiques : un héros individualiste, des combats rapprochés, une magie noire et dangereuse, des enjeux personnels plutôt que civilisationnels. Autres figures canoniques : Elric de Melniboné (Moorcock), Fafhrd et le Souricier Gris (Leiber), Kane (Karl Edward Wagner). Père de l’heroic fantasy francophone.
T
Adjectif désignant tout ce qui s’inspire directement du style ou de l’esthétique de J.R.R. Tolkien : quête épique, Dark Lord, fellowship de héros variés, cartes détaillées, langues construites, races multiples. Utilisé parfois péjorativement pour désigner une œuvre trop dérivative. La grande majorité de la high fantasy publiée entre 1970 et 2000 est tolkienesque — le point de départ de tout le genre.
Élément narratif récurrent et conventionnel, reconnu par le public comme appartenant à un genre ou à une tradition. Les tropes ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes — c’est leur exécution qui compte. En fantasy : le Chosen One, la Found family, le Dark Lord, le mentor tué, l’amnésie providentielle. Le site TV Tropes en recense des milliers. Les auteurs grimdark ont fait de la déconstruction des tropes tolkienesques un programme esthétique explicite.
V
Quinze des plus puissants Ainur qui descendent dans Arda pour le façonner. Manwë (le vent), Ulmo (les eaux), Aulë (la forge), Yavanna (la végétation) en font partie. Tolkien les a construits comme équivalent d’un panthéon polythéiste (nordique, grec) intégré dans une théologie monothéiste — une des constructions théologiques les plus subtiles de la fantasy. Ils refusent d’intervenir directement dans les affaires des mortels, ce qui est leur tragédie.
Métal légendaire forgé dans la cité-état de Valyria avant sa destruction par le Dôme, par magie draconique. Il garde un tranchant parfait, est remarquablement léger, et est l’une des rares substances pouvant tuer les Marcheurs Blancs. Seulement quelques centaines de lames existent dans les Sept Royaumes. Équivalent fonctionnel du mithril tolkienien, mais chargé d’une histoire coloniale et d’un système de pouvoir aristocratique.
W
Genre développé dans les années 1920–1930 autour des pulps américains (notamment Weird Tales), mêlant horreur, fantasy et SF de façon à briser les conventions des trois. Lovecraft, Clark Ashton Smith et Robert E. Howard sont ses figures centrales. La new weird (Jeff VanderMeer, China Miéville, Annihilation, Perdido Street Station) en est la continuation contemporaine, plus politique et expérimentale.
Continent principal de l’univers d’A Song of Ice and Fire, siège des Sept Royaumes. Inspiré de la Grande-Bretagne médiévale (avec des emprunts à la Guerre des Deux-Roses), Westeros est l’un des univers fantasy les plus détaillés et politiquement complexes jamais créés, popularisé par la série HBO Game of Thrones. Sa géographie, son histoire et sa chronologie s’étendent sur des millénaires, y compris l’Âge des Héros et la Longue Nuit.
Processus de création de l’univers fictif d’une œuvre : géographie, histoire, politique, religions, systèmes de magie, langues, faune. Tolkien est le père fondateur du worldbuilding systématique en fantasy. Le worldbuilding peut être visible (donné au lecteur) ou iceberg (la masse reste dans les notes). Brandon Sanderson et N.K. Jemisin représentent deux approches contemporaines contrastées — l’un exhaustif, l’autre fragmentaire et politique.
武林, « forêt des arts martiaux ». Dans la fiction wuxia, désigne la communauté organisée des pratiquants des arts martiaux, avec ses sectes orthodoxes et hérétiques, ses tournois, ses hiérarchies secrètes. Le Wulin maintient un équilibre précaire entre factions rivales — son déséquilibre est souvent le catalyseur des intrigues. Distinct du Jianghu (monde souterrain plus large).
武侠, « héros martial ». Genre littéraire et cinématographique chinois mettant en scène des combattants aux arts martiaux surhumains dans une Chine prémoderne fictive, obéissant à un code chevaleresque (xia). Fondé sur des romans populaires de Jin Yong, Gu Long et Liang Yusheng, le wuxia a influencé le cinéma mondial (Zhang Yimou, Ang Lee) et est devenu une référence majeure de la fantasy mondiale via les web novels.
X
侠 — le guerrier-chevalier errant qui agit selon sa propre morale, protège les faibles et redresse les torts en dehors de toute institution officielle. Le xia n’est pas un serviteur de l’État ; son autorité est purement morale et martiale. Concept proche du bushido japonais ou du code chevaleresque européen, mais avec une dimension d’indépendance plus affirmée — le xia peut s’opposer à l’Empereur si la justice l’exige.
仙侠, « héros immortel ». Sous-genre de la fantasy chinoise combinant wuxia et cosmologie taoïste : les protagonistes cherchent non seulement la maîtrise martiale mais l’immortalité et la divinité via la cultivation. Univers peuplés de démons, de dieux, d’immortels et de bêtes spirituelles. Massivement diffusés en Occident via les plateformes de web novels (A Will Eternal, Renegade Immortal, Coiling Dragon).
玄幻, « mystère fantastique ». Catégorie large de la fantasy chinoise mélangeant mythologie chinoise, éléments de fantasy occidentale et parfois de science-fiction. Plus libre que le xianxia (n’exigeant pas un cadre taoïste strict), le xuanhuan peut incorporer des multivers, des technologies futuristes ou des dieux issus de panthéons non-chinois. Battle Through the Heavens, Martial World en sont des exemples représentatifs.
Y
Fantasy destinée aux adolescents et jeunes adultes, caractérisée par un protagoniste jeune, des enjeux identitaires forts (appartenance, premier amour, découverte de soi) et un rythme soutenu. Loin d’être un sous-genre « mineur », la YA a produit Harry Potter, His Dark Materials (Pullman), The Hunger Games, Mistborn. Le phénomène BookTok a propulsé la romantasy YA au sommet des ventes mondiales dans les années 2020.